Miyamoto Musashi
Miyamoto Musashi est le plus célèbre de tous les escrimeurs du Japon, il est d’ailleurs une légende vivante pour bon nombre de japonais. Plus qu’un sabreur de légende, il était aussi un grand philosophe et un grand artiste.
Nous ne connaissons avec certitude que
peu de choses
de la vie de Musashi. En effet, une grande partie de sa vie a été romancée après
sa mort ; il est donc difficile de faire la part entre la réalité et la légende.
Le plus connue de ses ouvrages se nomme le Gorin no
Sho (le traité des cinq roues) qu’il écrivît deux ans avant sa mort. On
connaît aussi une biographie de sa vie, le Niten ki, qui fut publiée cent ans
après sa mort. Ce livre comporte énormément de passages qui ne sont
certainement pas véridiques et qui tiennent plus de la légende qui s’est
créée autour du personnage, que de la réalité.
Musashi
naquit en 1584 dans le village de Miyamoto
dans la province de Mina Saka, son nom d’origine était Takezo Shimmen. A ce
moment, le Japon était en pleine guerre civile (période la plus trouble de
l’histoire du Japon) et l'unification du Japon était conduite par Toyotomi Hideyoshi. Le grand-père de Musashi était au service du seigneur
Shimmen
Iganokami, c’était un grand escrimeur et il était très apprécié par son
maître, il reçut la fille de celui-ci en mariage et le droit de porter son nom
de famille (ce qui est un très grand honneur).
Le père de Musashi se nommait
Shimmen Munisai, il était très réputé pour son escrime et le maniement du
Jitte, une arme en forme de matraque munie d’un croc utilisée pour bloquer le
sabre de l’adversaire. La mère de Musashi aurait quitté le foyer familial
alors qu’il était encore très jeune, les relations avec son père étaient
plus que houleuses. Quand il eut sept ans, son père mourut. Il aurait été
recueilli par son oncle moine, frère de sa mère. C’était un enfant au
caractère très agressif, très turbulent et bien plus grand que son âge, il
était peu apprécié des gens de son village.
A l’âge de 13 ans, il livra son premier duel contre Arima Kigei Samurai de l’école Shinto, qu'il tua à l’aide d’un bâton. A 17 ans il quitta son village pour la bataille de Sekigahara (1600), le Shogun Toyotomi Hideyoshi était mort en 1798, Tokugawa Ieyasu un de ses généraux ne reconnut pas la légitimité du fils de Hideyoshi et forma une armée pour devenir Shogun. Le Japon se retrouva divisé en deux camps, les partisans du clan Toyotomi et ceux du clan Tokugawa, Musashi combattit dans les rangs de l’armée des Toyotomi. La bataille de Sekigahara marqua le tournant de l’unification du Japon, Tokugawa Ieyasu remporta la victoire et devint Shogun en 1603, il installa sa capitale à Edo (actuelle Tokyo).
La quête de la Voie du Sabre.
Après cette bataille, il prit le nom de guerre de
Miyamoto Musashi du nom de son village natal Miyamoto, Musashi est la
prononciation chinoise de son prénom Takezo. Il devint un Ronin (littéralement
homme de la vague) un Samurai sans maître et parcourut le Japon pour
perfectionner son art.
A 21 ans Musashi arriva à Kyoto la capitale impériale,
la famille Yoshioka était connue comme les meilleurs escrimeurs de Kyoto, ils
étaient les maîtres d’armes de l’ancienne famille shogunale Ashikaga. Le père
de Musashi avait déjà combattu les membres de cette famille et avait remporté deux duels
contre eux. C’est sans doute pour cela que Musashi décida de combattre cette
famille. Son premier duel fut contre le chef de famille Yoshioka Seijiro, il eut
lieu dans la lande au dehors de la ville. Seijiro était armé d’un véritable
sabre, Musashi armé que d’un Boken frappa le premier,
Seijiro se retrouva à
terre gravement blessé. Ses disciples le ramenèrent chez lui pour le soigner.
Humilié, il se retira de la pratique du sabre et se rasa son chignon de
Samurai.
Le jeune frère de Seijiro, Denshichiro provoqua
Musashi en duel. Musashi, pour l’irriter, arriva en retard au
rendez vous. Après
quelques secondes il brisa le crane de Denshichiro avec son sabre de bois.
La famille Yoshioka demanda un autre duel, le fils de
Seijuro, Matashichiro accompagné de plusieurs élèves de l’école donnèrent
rendez-vous à Musashi près du pin de Ichijoji dans la banlieue Nord de
Kyoto.
Alors que Musashi partit pour le duel très tôt à l’aube car cette fois il
voulait arriver en avance, il vit un sanctuaire sur le chemin. Alors qu’il était
près à s’incliner devant l’autel pour prier pour sa victoire, il se rendit
compte qu’il n’avait jamais cru en Bouddha. Et que le fait qu’il risquât
sa vie lors de ce duel l’avait poussé à espérer son aide. Honteux de ce
manque de courage, il quitta le temple. Plut tard il prônait comme principe :
« Il faut vénérer les Bouddhas et divinités. Mais ne pas compter sur
eux. ».
Lorsqu’il arriva au pin, il se dissimula en
attendant l’arrivée des Yoshioka. A leur arrivée, ils se moquèrent
en pensant que Musashi était encore une fois en retard, à ce moment là
il surgit hors des buissons et pourfendit Matashichiro avant que
celui-ci put tirer son sabre. Le reste de la troupe tenta de tirer des flèches
sur lui mais il réussit à les esquiver et fonça sur eux avec son sabre; pris de
panique ils s’enfuirent.
La même année il se rendit au temple du Hozoin à
Nara, ce temple était spécialisé dans le maniement de la lance. Il combattit
un moine de la secte Nichiren, élève du maître zen Hoin Inei, grand expert à
la lance. Par deux fois, il le vainquit avec son sabre en bois court. Musashi
demeura quelques temps au temple où il s’entraîna et discuta avec les prêtres.
Dans la province de Iga, province réputée pour ses
clans Ninja, Musashi combattit Shishido Baikin, spécialiste de la
Kusarigama
(cette arme utilisée souvent par les Ninja est composée d’une faucille où une
chaîne est attachée à la poignée et lestée par une boule, c’est une arme
très dangereuse celui qui la manie tente d’immobiliser son adversaire
ou son arme avec sa chaîne ou de lui briser le crâne avec la boule, la faucille
servant à pourfendre son adversaire une fois à portée). Alors qu’il faisait
tournoyer sa chaîne, Musashi le prit de vitesse, dégaina son Tanto (poignard)
et lui transperça le cœur. Les élèves de Shishido attaquèrent Musashi, mais
il les fit fuir.
Puis Musashi arriva à Edo, la nouvelle capitale de
Shogun.
Muso Gonnosuke lui proposa un duel contre lui, au sabre de bois. Musashi
était en train de tailler un morceau de bois pour en faire un arc, il accepta le
duel et se mit en garde avec le maigre bâton qu’il avait taillé, Gonnosuke
se lança sur lui, mais Musashi le terrassa d’un seul coup. Après cette
défaite,
Gonnosuke inventa une technique de combat au bâton qui deviendra plus tard le
Jodo.
Le duel contre Sasaki Kojiro.
Le duel le plus célèbre de Musashi eu lieu en 1612
alors qu’il avait 29 ans, après avoir voyagé dans le pays et combattu bon
nombre de Kenshi (escrimeur) il se rendit à Kokura sur l’île de Kyushu. Le seigneur de cette province avait comme maître
d’armes le célèbre Sasaki Kojiro Ganryû qui à 18 ans avait déjà créé
son propre style le Ganryû et utilisait comme arme un sabre nommée «perche
de séchage» à cause de sa longueur exceptionnel. Dans cette ville
Musashi connaissait bien Nagaoka Sado qui était élève de son père, il lui
demanda d’intervenir auprès du
seigneur afin qu’il organise un combat entre Ganryû et lui. Le seigneur
accepta, le combat devait avoir lieu le lendemain à huit heures sur une île déserte
loin des regards indiscrets, l’île de Mukô-jima qui est située entre l’île
de Hondo et de Kyushu, de nos jours cette île s’appelle Ganryû-jima.
La nuit
avant le duel Musashi disparut, une rumeur se
répandit qu’il avait eu peur de Kojiro. Sado pensait qu’il se trouvait
à Shimonoseki et lui dépêcha un messager. En effet Musashi était chez un commerçant
de la ville de Shimonoseki, il avait préféré ne pas rester chez Sado pour que
celui ci n’ait pas de problème avec son seigneur.
Le lendemain matin, alors que le soleil était bien
haut dans le ciel, Musashi n’était pas encore levé, on envoya un messager
pour le chercher. Musashi fit sa toilette et prit son petit déjeuner. Il
demanda une rame avec laquelle, il se fabriqua un sabre de bois. Musashi revêtit
un Kimono de soie avec pardessus une veste de coton et embarqua dans une barque
prêtée par le commerçant et manœuvrée par un de ses serviteurs. Durant la
traversée, Musashi confectionna une corde en papier pour attacher les manches
de son Kimono qu’il avait remonté sur ses épaules. Il se reposa en attendant
d’arriver sur l’île.
Il était plus de dix heures lorsque la barque
accosta, il stoppa son embarcation à quelques mètres de la plage, et y laissa la veste et son vrai sabre. Il pris
son sabre de bois et pieds nus il sauta dans l’eau peu profonde et attacha un
serviette autour de sa tête.
-« Je suis arrivé avant l’heure !
Pourquoi es-tu en retard ? Ah ! Tu as peur ! »
Alors Kojiro dégaina son sabre et de colère jeta
son fourreau dans l’eau. Musashi se mit à rire et cria :
-« Kojiro tu as perdu. Comment un vainqueur
pourrait-il jeter son fourreau ? »
De retour à Shimonoseki il envoya une lettre de remerciement
au seigneur. Sasaki Kojiro Ganryû avait alors 18 ans. C’était un grand
escrimeur et Musashi lui-même le regretta beaucoup.
Le Niten ki relate un épisode intéressant de ce
duel, vers la fin de sa vie Musashi participé
à une réunion, un seigneur lui demanda :
Saisissant une lampe, Musashi vint se placer contre
les genoux du seigneur et lui dit :
De sa main gauche, Musashi approche alors la lumière
de son crâne en écartant ses cheveux avec sa main droite et en flanquant sa tête
sous le nez du seigneur. Celui-ci recula en disant :
- « Je ne vois aucune trace. »
- « Regardez bien encore. »
- « J’ai bien regardé. »
Alors Musashi regagna sa place aussi calme
qu’auparavant. Tous les Samurai qui était la réunion en avait les mains
moites et la respiration coupée. Le seigneur déclarera plus tard : «C’est
la plus grande gaffe de toute ma vie. »
A la fin de sa vie Musashi affirmait dans le Gorin no
Sho, qu’entre 13 et 29 ans, il avait soutenu près d’une soixantaine de
duels, qu’il a tous remportés. Deux ans plus tard, alors que Musashi avait 31 ans, le château d’Osaka
fût assiégé par le clan Tokugawa. Il semble que Musashi ait participé à la défense
du château du clan Toyotomi, bien qu’aucun texte soit formel sur ce fait.
Jusqu’à l’âge de 51 ans, la vie de Musashi est
mal connue, il continua à voyager à travers le Japon afin de perfectionner son
art dans le maniement du sabre. On sait qu'il créât des écoles d’escrime dans
la province Owari et Izumo. Musashi avait créé une technique d’escrime aux
deux sabres le Katana et le Wakisashi.
On dit que Musashi inventa cette technique en voyant
un joueur de Taiko (tambour japonais) frapper avec deux baguettes sur
son tambour, mais qu’un
seul son en sortait. Musashi comprit qu’il en était de même avec les deux
sabres qu’il fallait utiliser comme s’il ne s’agissait que d’un seul. Son école
se nomme Niten ryû, ce qui veut dire école des deux cieux. De plus son école
visait aussi à la connaissance de la tactique, tactique entre deux hommes en
duel, aussi bien que entre deux armées sur un champ de bataille.
L'unification avec la Voie.
Toute sa vie Musashi resta célibataire, mais il
adopta un enfant. C’était un orphelin qu’il rencontra durant ses pérégrinations,
il l’adopta et le prit pour élève, il le renomma Miyamoto Iori.
Arrivé à la cinquantaine Musashi avait atteint selon ses propres dires
l'unification avec la Voie de la Tactique, la recherche de la Voie fût pour lui
achevée
et dans aucun domaine il n'avait de maître.
A l’âge de 51 ans Musashi et Iori s’installèrent à
Kokura sur l’île de Kyushu et y demeurèrent six années, Iori rentra au service
du seigneur de Kokura. Musashi et Iori participèrent dans l’état
major
du seigneur
de Kokura à la répression de la révolte des Chrétiens à Shimabara au
nord-ouest de Kyushu. Leur courage fut remarquable.
En 1640, Musashi alors qu’il avait 57 ans fut appelé
par le seigneur de Kumamoto (au centre de Kyushu), Hosokawa Tadatoshi pour
devenir son maître d’armes. Musashi et Tadatoshi se comprenaient bien entre
eux. Durant son séjour Musashi écrivit un recueil Trente-cinq leçons
de tactique que le seigneur lui avait commandé. Hélas le seigneur
Tadatoshi mourut quelques mois plus tard des suites d’une maladie. La peine de
Musashi fût grande et après ce décès, il fût toujours sombre. On raconta
qu’à la fin de sa vie, un jour
lors d’une visite, il avait du mal à monter la marche d’entrée de la
maison, et que son hôte dut l’aider. Un autre jour, alors qu’un incendie s’était
déclaré dans une rue étroite de la ville, on vit Musashi relier deux toits
par une échelle et couru dessus. Ordinairement il était un vieillard
comme les autres, mais lors des moments de tension il pouvait être encore vif
et sagace.
Musashi
passait ses jours à calligraphier, à
peindre, à sculpter, à pratiquer la cérémonie du thé et à faire de la poésie.
Musashi était un grand peintre à l’encre de Chine (Sumi-e). Parmi ses œuvres
les plus connues, on trouve des dessins de cormorans, de hérons, un oiseau sur
un arbre mort. Il sculptait aussi des statuettes de divinités japonaises. Il
forgé aussi des Tsuba, la plupart de ses œuvres était signée de son nom
d’artiste Niten.
A 60 ans, il se retira en ermite dans une grotte pour
écrire le Gorin no sho, ce traité est composé de 5 chapitres représentant
les 5 éléments : Terre, Eau, Feu, Vent et Vide.
Dans le chapitre
Terre, il
explique les principes de son école et sa philosophie, la Voie de la
tactique.
Dans
le chapitre Eau il explique l’attitude à avoir lors d’un combat et
les techniques à employer en insistant bien sur le fait que ce qui est valable
pour un combat entre 2 hommes l’est aussi pour un combat entre un millier.
Dans le chapitre Feu, il explique le déroulement d’un combat et
l’importance de bien s’exercer et de se confronter à de vrais adversaires.
Dans le chapitre du Vent, Musashi commente les techniques des autres écoles et
explique leurs points forts et leurs points faibles.
Le dernier chapitre, le Vide
est la partie la plus philosophique du livre. Afin de suivre la Voie de la
Tactique, Musashi préconise de pratiquer la Voie sans relâche avec sagesse et
volonté, à ne songer qu’à la justice, à la clarté et à la grandeur. Et
de rechercher la notion de vide mentale que l'on retrouve dans le Zen, afin de
supprimer les égarements de la pensée (peur, doute, égoïsme, ...)
Deux ans plus tard, sentant sa fin approcher, il écrivit
le 12 mai 1645 La voie à suivre seul . Ce même jour, il offrit
ses sabres et sa selle à ses amis, en mémoire de lui. Puis il remit Gorin
no sho à son disciple Terao Katsunobu et Trente-cinq leçons de
tactique à son autre disciple Terao Nobuyuki.
Il mourut le 19 mai, à l’âge de 62 ans. Selon sa
volonté on le revêtit de son armure. Le moine qui officia ses funérailles était
Shunzan du temple Taishô-ji. On dit qu’une fois son oraison funèbre terminée
un grand coup de tonnerre se fit entendre dans le ciel clair. Le tombeau de
Musashi se trouve à environ 6 Km au nord-est de la ville de Kumamoto à
Kyushu.
La vie de Musashi fut romancé par Eiji Yoshikawa dans le roman Musashi édité en France en deux tomes La pierre et le sabre et La parfaite lumière édition J'ai lu. Le Gorin no sho, le traité des cinq roues est édité chez Albin Michel.

Le roman de Eiji Yoshikawa a été adapté en manga «Vagabond» par Takehiko Inoue aux Éditions Tonkam.