La voie du Bushi

  

Le mot Kendo peut se traduire par la « voie du sabre », où le terme voie est à prendre dans un sens spirituel comme chemin que suivrait le pratiquant afin d’atteindre une maîtrise de soi. Les origines du Kendo remontent à très loin dans l’histoire du Japon et se confondent avec l’histoire des guerriers appelés Bushi, puis Samurai.

Les origines

La classe des guerriers (Bushi) est née durant la période Yamato 300-710, ils sont armés d’arcs et d’épées à doubles tranchants, importées de Chine, qu'on appelle Ken (vous remarquerez que le mot Ken dans Kendo est traduit par sabre et non épée). Ce n’est qu'en 950, durant l’époque Heian 794-1185 que les forgerons créent le Nippon-to (sabre japonais, le mot To veut dire sabre, on le retrouve en Kendo dans les expressions Kamae to et Osame to, dégainer et rengainer le sabre) qui se caractérise par une forme courbe et un tranchant d’un seul coté. A cette époque les Bushi sont des guerriers rudes et brutaux, ce n’est que plus tard qu’ils intégreront une notion artistique dans leurs comportements.

En 1160 le gouvernement impérial est renversé par les Bushi, ils instaurent un gouvernement militaire le Bafuku à Kamakura, dont le dirigeant est appelé Shogun, son emprise s’étend aussi bien sur les affaires civiles, que militaires, l’Empereur ne garde qu’un statut religieux. A partir de cette époque les Bushi deviennent une noblesse militaire qui présidera à l’histoire du Japon jusqu’à la fin du 19ème siècle.

L'introduction du Zen

En 1192 Yasaï introduit le bouddhisme Zen au Japon, cette religion qui prône une vie très dépouillée, plait très vite à la classe guerrière qui possède un mode de vie très spartiate. Les notions prônées par le Zen donnent un comportement nouveau aux Bushi, ils ne se cantonnent plus qu’à la guerre, mais intègrent une part artistique et spirituelle dans leur vie. Ils cultivent un art de vivre empreint d’un style raffiné et épuré, écrivant des poèmes, pratiquant la calligraphie, la cérémonie du thé et l’Ikebana (arrangement floral) en parallèle ils se forgent un esprit spirituel qui imprégnera les arts martiaux jusqu'à aujourd’hui.

Le Kenjutsu

Parmi les arts martiaux, le plus caractéristique de cette époque est le Kenjutsu. La pratique du sabre vise a apprendre le combat sur les champs de bataille et le combat singulier. Si durant la période Heian l’arme symbolisant le Bushi est l’arc, à l’époque Kamakura c’est le sabre qui devient le symbole même du Bushi. Bien que les guerriers utilisaient d’autres armes sur les champs de bataille tel que le Yumi (arc asymétrique), le Yari (lance) et le Naginata (hallebarde), la pratique du sabre était l’art martial le plus important. Le Kenjutsu était enseigné dans les Dojo, anciennement salle de méditation bouddhiste (on voit bien l’importance de la religion Zen dans les arts martiaux) devenus salle d’armes. Il existait des milliers d’écoles différentes appelées Ryu, qui possédaient chacune un style différent. Les étudiants de ces écoles apprenaient les Kata (exercices pré-définis) au début au Boken (sabre en bois) puis au sabre véritable.

L’apprentissage du Kenjutsu demande une grande rigueur, il développe l’équilibre, le contrôle de la respiration, la maîtrise de l’énergie vitale (le Ki) et du Hara (le Hara étant le centre de concentration du Ki se situant dans l’abdomen, d’où l’importance du travail des hanches dans le Kendo), il forge aussi l'acquisition de qualités de caractère telles que : la patience, l'endurance, la persévérance, le courage, la modestie, l'humilité.                   

La guerre civile

L’époque Muromachi 1333-1573 et l’époque Momoyama 1573-1600 voient le Japon tomber dans une période de guerre civile incessante, le Shogun perd son contrôle sur le pays. Les riches propriétaires terriens, les Daimyo veulent s’emparer du Shoguna, c’est la période des grandes guerres d’Onin et du Sengoku Jidai, les Bushi deviennent les officiers de grandes armées composées de paysans (les Ashigaru), pouvant aligner jusqu'à 100 000 hommes. Durant cette période, les Bushi échafaudent des codes d’honneur très stricts (bien qu’ils existaient déjà avant, ils se sont renforcés à cette époque), vouant leur vie à leurs seigneurs, n’hésitant pas à se sacrifier pour lui (de là découle l’une des particularités de la culture japonaise, qui consiste en la réalisation d’actes par un engagement total pouvant aller jusqu’à la mort), allant jusqu’au suicide le Seppuku ou aussi appelé Hara-kiri.   

Trois grands Daimyo Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu qui se succèdent, réussirent à réunifier le Japon et font cesser les guerres civiles. En 1603, Tokugawa instaure un nouveau Shoguna à Edo (actuel Tokyo) et une paix qui durera 2 siècles, l’époque Edo 1600-1878.

 

La paix de Edo

 

La guerre civile fait place à une période de paix, la classe des Bushi se transforme en la classe des Samurai, les Samurai passent du statut de guerrier à celui de gardien de l’ordre. Les armures utilisées sur les champs de bataille ne sont plus utilisées, mais les Samurai gardent, quand même le Daisho symbole de leur autorité. Ces temps de paix voient la codification du Bushido (la voie du guerrier) et  la création du Hagakure, code d’honneur que les Samurai se doivent de suivre, héritage de la gloire des champs de bataille révolus.

Pourtant le Kenjutsu ne disparut pas, il évolua passant d’un art guerrier à une pratique plus spirituelle et plus éducative, c’est ce qu’on appelle le Budo.

C'est a cette époque que l’utilisation du Shinaï (sabre en bambou) inventé au 16ème siècle par Hikida Bungoro et d’un équipement de protection dérivé de l’armure des Bushi simplifiée se popularisa, le Shinaï Geiko ancêtre du Kendo était né. Le terme Kendo est pour la première fois employé en 1668 par Abe Gorodayu. Ce nouveau concept vit venir des personnes n’appartenant pas à la classe des Samurai dans les nombreuses Ryu de Shinaï Geiko,  petit à petit le maintien des valeurs classiques du Kenjutsu fit place à une pratique plus sportive.

Des experts dépositaires de l’ancien style voyaient d’un mauvais œil cette dérive, mais le gouvernement voyait dans la pratique sportive le moyen de canaliser l’énergie du peuple.

 

L’ère de la modernité

 

Après deux siècles coupés du monde, le Japon se voit obligé par les Américains à ouvrir son pays au reste du monde. En 1868 la révolution Meiji vit la chute du Shoguna et le retour de l’Empereur au pouvoir, la classe des Samurai perdit ses privilèges en 1876, le port du sabre fut interdit. Le Japon se modernisa et adopta la culture occidentale, la pratique du Shinaï Geiko fut délaissée. Mais de petits groupes réfractaires à l’occidentalisation du Japon, continua la pratique des arts martiaux.

Le nouveau gouvernement se rendit compte de l’importance du Kendo dans la culture du Japon et aida au maintien de cette discipline, en créant une section Kendo dans la nouvelle police de Tokyo. En 1895, la création du Daï nippon Butokukai (association pour le maintien des vertus martiales japonaises) relance la pratique des arts martiaux dont le Kendo et aide au développement du Judo.

Afin de ne pas oublier l’origine martiale du Kendo, le Butokukai décida en 1906 de créer des Kata pour le Kendo s’inspirant des Kata du Kenjutsu, pour cela 5 grands maîtres se réunirent en commission technique.

En 1911 le Kendo et le Judo deviennent obligatoires dans les collèges japonais, ils deviennent un moyen d'éducation par le Budo afin de renforcer la cohésion  nationale.

En 1912 le Daï Nippon Teïkoku Kendo Kata (Kata du Kendo du grand Japon Impérial) fut crée par la commission. Il est composé de sept techniques au grand sabre et trois au petit. Le Kata enseigné de nos jours est le même, bien qu’il ait évolué avec le temps à cause de problèmes d’interprétation parmi les professeurs.

En 1941, le Kendo devient obligatoire dans les écoles primaires, il est utilisé par le gouvernement militariste comme moyen d’éducation.

 

Après la défaite du Japon, les Américains interdirent la pratique des arts martiaux et le Butokukaï, symbole du militarisme d’avent-guerre fût dissout. De plus ils décident la destruction des Nippon-to, les Japonais arrivent à faire comprendre aux Américains l’importance culturelle et religieuse des sabres, les sabres anciens purent être sauvés en tant que trésor culturel national. 

 

En 1950 les arts martiaux furent à nouveau permis, le Kendo et le Judo furent retenus pour constituer la base de l’éducation physique de la police. La fédération japonaise de Kendo (Zen Nihon Kendo Remmei) vit le jour en 1952, le Kendo redevient populaire dans les années 60, il arrive réellement en occident dans les années 70.